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L.A. Noire PS3Je n'aime pas Rockstar. Non, vraiment. J'avais posé les mains sur le premier GTA, sans y voir ce que les autres lui trouvaient de "génial" et "incontournable". Sur cette génération de console, j'ai réessayé avec le quatrième épisode. Si Nico Bellic a su attirer ma sympathie en incarnant le pauvre immigré un peu paumé ne sachant pas faire autre chose que les gros bras, mais ayant un bon fond, l'ambiance générale du titre m'avait réellement déplu. Cette atmosphère de "Gangsta Rap" m'a fait lâcher le pad en plein milieu, et je poussais déjà à rallumer la console.

Puis il y eu Red Dead Redemption, déjà beaucoup mieux. Une véritable ambiance western, mais une histoire qui peinait à avancer. On fini aussi par trouver les protagonistes un peu ennuyant aussi, clichés et surtout très semblables. Cependant, pouvoir se ballader à cheval dans l'ouest sauvage, assister à des petites situations aléatoires (attaques, sauvetages, duels...) et certains personnages hauts en couleurs m'ont laissé une belle impression.

Alors quand il a été question d'enquêtes à Los Angeles dans les années 40, époque de corruption mais aussi de bandits en cols blancs, j'ai de nouveau foncé...

L.A. Noire, c'est une bonne vingtaine d'enquêtes, de la recherche d'indices, des visites touristiques, mais surtout des interrogatoires. A l'ancienne, avec le petit carnet, les preuves, les visages fuyants ou moqueurs des suspects. Si au début, nous pouvons en effet craindre une certaine répétitivité, le dernier tier du jeu nous tiens en haleine sans peine pour un final digne d'un polar.

Nous dirigeons Cole Phelps, vétéran de l'armée, abîmé par la guerre, devenu simple policier. Dans ce qui nous servira de tutoriel, Cole n'est qu'un simple flic qui décide d'aller un peu plus loin que ses collègues en se lançant dans de véritables enquêtes. Reconnu par ses supérieurs, il deviendra enquêteur du Los Angeles Police Department (L.A.P.D.), gravissant les échelons, d'une intégrité sans borne. Dans un monde où la corruption est monnaie courrante, Cole n'aura pas la vie facile. Comme l'indique la voix off du début, il y a les affaires qui vous propulsent au sommet, et celle qui vous font irrémédiablement dégringoler...

L.A. Noire, c'est l'histoire de cette montée au sommet, mais surtout de la disgrâce de Cole.

Divisé en 4 segments, correspondant à 4 services du L.A.P.D. (Circulation, Homicides, Moeurs et Incendies), le récit ne prend réellement forme qu'une fois Cole affecté aux homicides. Avec une célèbre affaire comme celle du Dalhia Noir, magnifiquement menée par Rockstar, nous faisant enquêter sur des meurtres de femmes retrouvées nues et étranglées. Pour des raisons d'images, aucun crime ne peut rester irrésolu, et il n'est pas rare que les preuves accusent plusieurs protagonistes, dans une ville où tout le monde a quelque chose à cacher. A vous d'incriminer la bonne personne, en suivant vos convictions ou en prenant en compte l'atmosphère politique de l'époque. En effet, "les Rouges" sont partout, et il est de bon ton de les mettre à l'ombre, même si vous avez des doutes.

Chaque affaire est présentée à la façon d'un vieux film, avec un titre accrocheur et une petite introduction nous montrant le plus souvent le crime, dont la nature diffère suivant le service où Cole est affecté (circulation, crimes, moeurs, incendies). Cole et son partenaire son alors envoyé sur les lieux à la  recherche d'indices. Ces indices sont par défaut indiqués par un petit son de clochette lorsque vous passez à côté d'eux (option désactivable), et leur découverte influe bien entendu sur les interrogatoires. N'oubliez pas de fouiller les cadavres, ils sont riches en indications. Tous les suspects ont des choses à cacher. A vous d'interprêter leurs expressions faciales pour définir si ils disent la vérité, cachent quelque chose ou si ils mentent, et que vous en avez la preuve. Vous mettrez parfois la main sur des listes ou des noms, et il faudra vous renseigner au central par téléphone pour avoir les adresses ou les casiers judiciaires.

Vient ensuite la façon d'appréhender le suspect. Filature discrète à pied ou en voiture, course-poursuite, fusillades... les situations varient et sont bien mises en scène. Attention cependant, tuer un suspect équivaut à un "game over" fatal, mais le jeu possédant de très nombreux check-point, ce n'est pas vraiment pénalisant.

 

Suivant la façon dont vous menez l'interrogatoire, vous obtenez plus ou moins d'indices qui peuvent vous mener vers le véritable criminel. Des points d'intuition (limités) gagnés au fil des enquêtes peuvent vous aider à faire le bon choix, façon "qui veux gagner des millions", en affichant le pourcentage de réponses que les autres joueurs ont choisi, ou en supprimant une possibilité de réponse.

L.A. Noire est un jeu à environnement ouvert, rien ne vous empêche de vagabonder dans les rues, et de réquisitionner les véhicules qui vous plaisent. Certains modèles de voitures sont d'ailleurs cachés un peu partout en ville. Au cours de vos périgrinations, vous pourrez jouer au touriste en visitant certains monuments de L.A. et en les "géotaggant" sur votre carte de la ville. Mais les balades, vous aurez surtout accès aux appels du central vous indiquant qu'un crime à lieu quelque part en ville. Libre à vous de répondre ou non. Ces crimes, très correctement mis en scène, vous demandent de vous rendre à un endroit donné de la carte et sont de nature variées : holp-up, tentative de suicide, meurtre, vol, atteinte aux moeurs, combat à mains nues... et déboucheront le plus souvent sur une fusillade ou une poursuite sportive en voiture à travers les rues. Rafraichissantes, ces séquences facultatives pimentent un peu le train-train interrogatoire / recherche d'indices et vous sort un peu de l'affaire en cours.

 

Bien entendu, Cole a un passé, un passé militaire qui finira par le rattraper au cours des affaires. Il rencontrera de vieux compagnons d'arme et vous en apprendrez plus sur le genre d'homme qu'il était à la guerre au cours de flashback entre les chapitres de jeu. Cole est un homme difficile à appréhender, d'une intégrité et obstination exemplaire dans ses affaires, ne craignant pas de s'attaquer aux puissants pour que justice soit rendue. Cela ne manque pas de le faire mal voir de ses coéquipier, du détestable Earle à cette bourrique de Galloway, pour qui Phelps est source de fatigue.

 

Techniquement, le titre joue sur deux niveaux. D'un côté, la modélisation de la ville est très correcte pour un titre "bac à sable" et la ville est très grande à parcourir. De l'autre, les expressions faciales sont si criantes de vérité que cela jure presque avec le reste. Modélisés à partir de visages de véritables acteurs, les têtes des protagonistes ont atteind un autre degré de réalisme, grâce à la technique du "Motion Scan", après Heavy Rain. On s'amuse même à reconnaître certains acteurs connus, comme Greg Grunberg ou John Noble. Cole lui-même a été modélisé à partir de Aaron Staton, bien connu des fans de la série "Mad Men".

Ca devient un plaisir réel de mener des interrogatoires et d'interprêter les réactions faciales des suspects. On se retrouve un peu dans la peau de Cal Lightman (Tim Roth dans la série "Lie to Me").

 

On a donc l'impression d'assister à un véritable film interactif, du moins au niveau des visages. Car comme je l'ai dis, le reste du jeu n'est pas à la hauteur. Attention, je ne dis pas que L.A. Noire est un jeu moche en dehors de ses visages. L'ambiance des 40's est parfaitement retranscrite, tant au niveau de l'ambiance que de la mode ou même musicalement. Les doublages sont de très grande qualité, ce qui est un aspect très important. On remercie Rockstar de ne pas avoir proposé de piste française. Non, le titre est graphiquement réussi, mais la qualité des visages est telle que le reste paraît parfois bien plat.

Si L.A. Noire est un très bon jeu, il n'est pas exempt de petites déceptions. Outre l'aspect graphique parfois inégal (et ma foi fort secondaire), on peut regretter la répétitivité de certaines séquences, installant le joueur dans un genre de routine. Heureusement, cela ne dure que peu de temps, les affaires de Cole prenant des tournures bien plus importantes que prévus, les personnages secondaires comme Kelso venant réveiller notre intérêt, tout comme les "habitudes" des hommes riches de l'époque (corruption, meurtres, hommes de main, bastonnades, pédophilie...).

Ensuite, on aurait pu être en droit de pouvoir s'attendre à se tromper, coffrer le mauvais suspect, que notre capacité à interroger influence le déroulement de l'enquête, mais il n'en est rien. Tout est scripté et scénarisé à l'extrême. Le scénario avance inexorablement, même si vous plantez complètement les interrogatoires et ne trouvez presque aucun indice permettant de contredire un suspect. Vraiment dommage. Si vous êtes vraiment mauvais, vous connaîtrez juste les grandes lignes de l'histoire, pas ses petits détails, mais c'est tout.

 

Les "petits délits" dont je parlais plus haut sont aussi limités. Je me souviens des petits événements aléatoires de Red Dead Redemption qui pimentaient l'exploration. Attaques par des bandis, attaques de diligence, sauvetage de paysans... rien de scripté, juste des petits événements aléatoires. Ici, vous aurez à terminer 40 délits, répartis dans les différents chapitres. Ni plus ni moins. Pas de voitures folle qui déboule devant la vôtre, pas de fusillade improvisée en pleine rue... pour peu que vous ne vouliez pas vous taper toute la ville en voiture pour aller d'un point A à un point B, et que vous laissiez votre coéquipier conduire, vous passerez à côté, tout simplement. Une fois qu'on a terminé ces délits, il n'y a presque aucune raison de retourner dans le jeu "libre" pour se balader, à part pour trouver les voitures manquantes, si cela vous intéresse...

Rockstar a aussi pensé aux joueurs qui ne maîtrisaient pas les séquences d'action. Au bout de trois échecs d'une séquence de filature, de combat ou de fusillade, le jeu vous propose simplement de sauter le passage. Initiative intéressante, qui retire certes du challenge, mais qui vous évite de piquer une crise quand votre suspect vous repère à 500m alors que vous êtes planqué derrière un mur...

Au final, L.A. Noire est un excellent jeu d'aventure, qui retranscrit à merveille le climat les années 40 américaines. Servi par une réalisation de haute volée au niveau des visages, d'un scénario très bien mené, mais à la liberté d'action factice, il passionnera les amateurs de bons jeux d'aventure, malgré son accessibilité un peu trop prononcée.


 
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