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Difficile de survivre sans heurt à la vision d'Eden Lake.

Rares sont les films traitants de la violence de l'enfance et de l'adolescence, car cela reste encore un sujet tabou. En effet, le cinéma a tendance à montrer de façon très mièvre et gentille les réactions de ces si innocents bambins... c'est oublier que la période entre la fin de l'enfance et l'adolescence est un cap difficile et que les dérapages sont nombreux.

On est encore très influencé par l'autorité parentale, tout en réclamant à corps et à cris l'indépendance. Les émotions sont violentes, on se cherche et sommes prêts à tout pour intégrer un groupe, quitte à être cruel ou à se complaire dans la lâcheté de l'inaction sous la coupe d'un meneur charismatique.

Steve et Jenny, un charmant petit couple britannique, en font les frais. Parti pour un week-end romantique au bord d'un lac, perdus dans un petit coin paradisiaques, ils profitent de la douceur du vent et de la fraîcheur du lac pour se prouver leur amour. Le calme et la quiétude de l'endroit se voient vite troublés par l'arrivée d'une bande d'adolescents, de leur chaîne Hi-Fi et de leur chienne.

Habituellement effacé, Steve ne range pas sa fierté une fois de plus et demande avec politesse à ces jeunes de baisser le volume. Erreur. Si la première demie-heure plante de façon efficace le décor d'une petite bourgade peu sympathique et les caractères des deux héros, la seconde partie du film nous plonge dans une chasse à l'homme effroyable à travers les bois. On cache souvent ce dont les jeunes sont capables, pas encore tout à fait positionnés entre le bien et le mal.

Mais ce film remet les pendules à l'heure, et on en ressort avec effroi, se disant à la fin que ce genre de chose est tout à fait possible en l'état, sans exagération. Mais au-delà de la violence et de la cruauté de cette bande et de leur meneur, ce sont également les rôles de chacun et leur réaction face à la violence qui est intéressante. Comme dans tout groupe, il y a le meneur, le plus fort et le plus respecté - par crainte. Puis viennent ses acolytes de confiance, les exécutants, froids et calmes. Enfin, les suiveurs, ceux qui sont là parce que les autres le sont, et se montrent cruels d'avantage pour éviter qu'on s'en prenne à eux que par plaisir. La scène de torture de Steve est bien représentative de cet réalité. Certains sont conscients du dérapage, mais n'ont pas le choix et font ce qu'ils peuvent, tandis que d'autres y prennent goût. Mais quand tout va trop loin, peut-on réellement continuer ?

L'autre aspect fascinant de ce film est la métamorphose de Jenny. Plus charismatique que Steve, elle attire le regard là où son petit ami passe inaperçu. Il se dégage de ce personnage beaucoup de douceur et de charme, ce qui rend sa transformation au cours du film plus frappante. Institutrice, elle possède évidemment un lien fort avec les enfants, mais de l'autre côté du miroir, avec les plus jeunes. Totalement déboussolée et affolée par les événements, elle ira au-delà de l'horreur et de la souffrance pour survivre, redevenant au fur et à mesure à l'état de bête traquée. Sa dégringolade psychologique atteint son summum quand, recouverte d'excréments et de pourriture, elle tente de devenir le prédateur et abat un des jeune, qui s'était décidé à lui porter assistance. Cruelle, la scène ramène sur terre et rappelle à Jenny tout comme à nous que les ennemis ne sont que des enfants.

Sur un final aussi mémorable que monstrueux, le film nous met devant la réalité des faits, et toute l'horreur de la cause de tout ça, nous jetant en plein visage la conclusion de ce qui aurait pu être un fait divers sordide dans la réalité. Très vite, on se sent pris par une angoisse, celle qui présage des pires ennuis, l'envie de hurler à Steve de laisser ces jeunes tranquilles, de changer de place et de laisser couler. Mais cette idée fait peur, car comme il le dit, à force de laisser passer ce genre de comportements, qu'en sera-t-il de l'avenir ?

Après "Requiem for a Dream", c'est le deuxième film "éprouvant" que je vois, tant par la cruauté des fait que leur probable réalité et l'angoisse d'y être confronté un jour. Faisant l'effet du crissement d'une craie sur un tableau, on en vient vite à demander que ça s'arrête tant le malaise est grand. Je le conseille à ceux qui aiment ce genre de sensations, mais vous êtes prévenus...


 
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Commentaires  

 
0 #1 Mi-K-L 23-09-2011 08:07
Celui là j'ai trop envie de le voir mais je ne sais pas pourquoi j'évite de le regarder.
Peut être comme tu l'as dis dans ton analyse à cause de la violence faite par des enfants (ado).
J'avoue être dérangé d'avance...
C'est vrai que ce genre de violence est tabou au ciné comme dans notre société.
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