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Stuart Gordon a peu de moyens, mais il les utilise bien !

Paul et Barbara profitent de quelques jours de vacances à bord du voilier de leur nouvel investisseur Howard et son épouse Vicky. Alors qu'ils longent la côte espagnole, une violente tempête échoue le bateau au large d'un petit village de pêcheur, Imboca, et Vicky est gravement blessée. Décidés à aider leurs bienfaiteurs, Barbara et Paul mettent un radeau à la mer et tentent de rejoindre Imboca pour appeler les secours.

Ce qu'ils ne savent pas, c'est que la population d'Imboca voue un culte terrible à leur dieu marin immonde : Dagon.

Stuart Gordon est déjà bien connu des amoureux des films d'horreur avec "Re-Animator", également inspiré de H.P. Lovecraft. S'attaquant cette fois à une adaptation plus actuelle du "Cauchemar d’Innsmouth", il réussit avec talent à retranscrire l'ambiance macabre de l'univers lovecraftien. Il pleut pendant toute la durée du film, et Paul doit fuir les habitants de cet étrange village blasphématoire.

Capcom et son "Resident Evil 4" a dû voir ce film juste avant le développement du célèbre jeu tant les similitudes sont présentes. Paul n'est bien entendu pas Léon Kennedy, mais les scènes où les villageois poursuivent en boitant et en insultant le héros en espagnol ramènent inévitablement au hit de Capcom.

Les effets spéciaux ne sont pas la meilleure partie du film, et Gordon l'a bien compris. Il en montre le moins possible, nous laissant deviner plus que comprendre, et jouant avec notre imagination. Les mutations sont plus suggérées que dévoilées, le peu d'images de synthèses sont bancales, mais heureusement très rapides.

Le gore n'est pas oublié, principalement dans un scène mémorable qui vous arrachera une grimace, à mesure que le visage du vieil Ezechiel lui est arraché vivant, comme on retire la peau d'un poisson pour le nettoyer. Pour le reste, tout est suggéré, vite montré ou sous-entendu.

L'univers de ***Lovecraft*** est très présent, on sent en amont l'influence de l'abominable Cthulhu à travers la litanie servant à invoquer Dagon, l'or à foison orné de monstrueuses sculptures, les tentacules dont s'affublent les villageois... la pression est palpable, la monstruosité transpire de chaque batiment d'Imboca, de chaque rue suintante. Seule la prêtresse dont rêve tout le temps Paul est une bouée de charme et de bien-être inquiétant dans l'horreur du village espagnol oublié.

Le retournement final est un peu alambiqué et réserve des surprises au spectateur. La cérémonie d'invocation finale, afin d'accoupler l'abominable Dagon avec Barbara, offerte nue et attachée au-dessus d'un puit par les adpetes du dieu marin, est riche en violence et en désespoir, ce même désespoir qui peuple les lignes des romans de Lovecraft.

En oubliant un peu les effets spéciaux, faibles mais remplacés par une très bonne mise en scène, Dagon est un excellent film, d'où la musique est totalement absente, laissant la rage de la pluie et les éructations stridentes des villageois donner entièrement le ton au métrage

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